Les communautés tamoules et le conflit sri lankais

Résumé

Cette conférence sur « les communautés tamoules et le conflit sri lankais » sera l’occasion de réunir, sous l’égide du laboratoire ENeC (UMR 8185 – Université Paris-Sorbonne et Université de Saint Denis), des chercheurs de disciplines et nationalités différentes afin d’approfondir la réflexion sur des sujets d’une grande actualité scientifique tels que les migrations, le transnationalisme, l’analyse et la résolution de conflit… à travers l’exemple de Sri Lanka et sa diaspora.


Annonce

La reddition du Liberation Tigers of Tamil Eelam (LTTE) et la mort de son chef, Vellupillai Prabhakaran, met fin à plus de 25 ans de guerre civile à Sri Lanka. Si les opérations militaires ont permis à l’Etat sri lankais de restaurer sa souveraineté dans l’ensemble de l’île, des centaines de milliers de civils tamouls ont été pris entre deux feux, victimes des bombardements aériens et de l’artillerie de l’armée d’un côté, et de l’autre, des Tigres désireux de les conserver comme boucliers humains afin de décourager Colombo de donner l’assaut final. Face à cette catastrophe humanitaire, les Tamouls des pays où ils constituent une importante minorité (Inde et Malaisie) et ceux de la diaspora tamoule sri lankaise réfugiée en Occident (Canada, l’Angleterre, la France, etc.) se sont mobilisés en réaction à la détresse des Tamouls piégés dans la zone de combat et par solidarité avec le LTTE, en réclamant sans succès une intervention de la communauté internationale pour mettre fin aux combats. Malgré l’écrasante victoire militaire du gouvernement, contrôlé par la majorité cingalaise, la question tamoule n’est pas pour autant réglée dans l’île. Le gouvernement va devoir pratiquer une politique d’ouverture réelle à l’égard de sa minorité et rassurer la diaspora tamoule qui reste préoccupée par le sort de leurs proches dans l’île.
Cette conférence sera l’occasion de réunir des spécialistes et des doctorants étudiant aussi bien les conséquences du conflit intercommunautaire à Sri Lanka que l’attitude des différentes communautés tamoules en dehors de l’île. C’est pourquoi la conférence comportera deux axes de réflexions complémentaires.
Premier axe : Les Tamouls à Sri Lanka et le conflit

Le premier axe de la conférence nous conduira à nous interroger sur les conséquences du conflit sur la minorité tamoule à Sri Lanka.

– Avec la débâcle du LTTE quels sont les projets proposés par le gouvernement pour promouvoir une paix durable ? Le Président Rajapakse développe-il une politique de réconciliation et de promotion de droits respectueux des droits de la minorité ? L’Etat tente-il de réintégrer la minorité tamoule dans le jeu politique national et comment les modérés sri lankais réussissent-ils à se faire entendre afin de préserver le dialogue intercommunautaire? Quelle place auront les partis tamouls, les NGO et la société civile dans la reconstruction du pays et dans le retour de la paix civile ?

– La dégradation de la situation politique a entraîné d’importants flux de populations tamoules du nord et de l’est de l’île vers la capitale. Quelles sont les logiques qui incitent ces populations à choisir tel endroit plutôt qu’un autre comme refuge et quelles y sont leurs conditions de vie ? Par ailleurs, comment ces nouveaux venus cohabitent-ils avec les autres communautés et comment vivent-ils le fait de se retrouver dans un cadre multiethnique où ils sont minoritaires ?

– Par ailleurs plus de 200 000 déplacés tamouls restent enfermés dans des camps de détention placés sous le contrôle direct de l’armée. La réinsertion de ces centaines de milliers de personnes, qui ont survécu aux opérations militaires et qui connaissent des conditions très précaires et drastiques dans ces camps, est un enjeu pour le pays Comment l’Etat compte-il organiser leur retour dans leur région d’origine et quels sont les projets du gouvernement pour réintégrer économiquement ces réfugiés ? Quel rôle pourraient jouer les ONG et la diaspora tamoule pour soutenir cette population et aider à reconstruire le nord du pays ?

– La société traditionnelle tamoule reposait essentiellement sur l’importance des solidarités de castes et des religions. Dans quelle mesure le conflit intercommunautaire a-t-il remis en cause la hiérarchie traditionnelle des castes? Quel rôle jouent les différentes communautés religieuses dans la recherche d’une solution à ce conflit? Enfin, les pertes humaines et l’exil des hommes dûs au conflit ont bouleversé le fonctionnement des familles. Les femmes ont pour beaucoup dû trouver un emploi et prendre à leur charge la responsabilité de leur famille. D’autres se sont engagées avec les Tigres pour obtenir la création d’un Etat Tamoul. Quels sont ainsi le statut et la place de la femme dans la société actuelle tamoule à Sri Lanka?

– Enfin, l’un des principaux griefs de la minorité tamoule est la discrimination par l’Etat de sa culture et son identité au profit de celle de la majorité singhalaise. La conférence serait l’occasion de voir quelle est la place de la culture et de l’identité tamoule à Sri Lanka. Comment l’identité et la culture tamoules sont-elles perçues par les autres communautés ? Quelle place est réservée aux Tamouls et à leur culture dans le pays par les autorités officielles de Colombo ? Dans quelle mesure la tamoulité dans l’île évolue-t-elle grâce aux échanges avec la culture singhalaise et surtout avec la diaspora tamoule établie en Inde et surtout en Occident ?

Deuxième axe : Diasporas tamoules et conflit sri lankais

Le deuxième axe nous conduira à s’interroger sur l’impact du conflit au Tamil Nadu en Inde et sur les différentes diasporas tamoules en Afrique du Sud, dans les pays du Sud est asiatique, en Occident…

– Le conflit fut ainsi une cause première de l’exil de nombreux tamouls du Sri Lanka, notamment vers l’Inde et les pays occidentaux. Comment se prend la décision de fuir à l’étranger ? Quelles contraintes pèsent sur les candidats au départ ? Que connaît-on des circuits de passage ? Comment s’est effectué le choix (quand il était possible) de tel ou tel pays d’accueil ? La conférence pourrait être l’occasion de mieux comprendre les conditions d’émigration et d’installation à l’étranger des Tamouls sri lankais et de préciser les processus qui ont présidé à la formation d’une diaspora tamoule sri lankaise.

– Il paraît également nécessaire d’interroger la notion même de diaspora tamoule sri lankaise : qu’est-ce qui permet d’affirmer qu’il existe une diaspora tamoule sri lankaise ? Quelle est la nature des réseaux transnationaux propres aux réfugiés tamouls sri lankais ? Comment les réfugiés tamouls vivent-ils leur relative exterritorialité, entre pays d’accueil et Sri Lanka ? Il serait intéressant d’approfondir les connaissances dont nous disposons sur les liens entre les différents pôles de la migration et avec le Sri Lanka. Enfin, comment se positionnent-ils par rapport à la diaspora tamoule en général ?

– Nous pourrons examiner en contextes la situation de la diaspora tamoule sri lankaise : Quelles dynamiques sociales sont observables dans les pays d’installation ? Est-ce que les hiérarchies traditionnelles y sont toujours respectées (place de la femme, système des castes, etc.) ? Comment sont perçues ces communautés tamoules sri lankaises dans les pays d’accueil ? Est-ce que ces perceptions diffèrent selon les pays et pourquoi ? En outre, nous pourrons nous interroger sur le rapport au politique de cette diaspora tamoule sri lankaise : Quelles formes ont pris les mobilisations politiques en rapport avec le conflit sri lankais? Comment ont-elles évolué après la débâcle du LTTE ? Dans quelle mesure ces mobilisations transnationales affectent-elles le déroulement du conflit ? Ont-elles contribué à faire connaître le conflit sri lankais ou influencé les perceptions de ce conflit à l’étranger ? Ont-elles réussi à sensibiliser les opinions publiques occidentales au sort des civils et des déplacés ?

– Enfin, les Tamouls sri lankais partagent la tamoulité avec de nombreuses autres communautés dans le monde. Comment ont réagi ces populations tamoules vis-à-vis du conflit sri lankais ? Manifestent-elles des signes de solidarité avec les Tamouls de Sri Lanka ? Comment se positionnent en particulier les Tamouls indiens du Tamil Nadu, dont l’Etat est très proche géographiquement du Sri Lanka ? Est-ce que le contexte politique dans lesquels vivent ces autres communautés tamoules (par exemple en Afrique du Sud, en Asie du Sud Est, dans les DOM-TOM français) a un impact sur leurs manifestations de sympathie envers les Tamouls sri lankais ? Est-ce que des actions communes émergent dans les pays où coexistent des diasporas tamoules (par exemple en France où il y a également une communauté tamoule originaire de Pondichéry) ?

Comité scientifique :

  • Pr. R. Cheran, Département de sociologie et d’anthropologie, University of Windsor
  • Dr. Malathi De Alwis, Colombo University, International Centre for Ethnic Studies
  • Pr. Huetz de Lemps, Département de Géographie, Université Paris IV-Sorbonne
  • Dr. Pradeep Jeganathan, Consortium of humanitarian agencies (Colombo)
  • Pr. Eric Meyer, Département d’Asie du sud, INALCO
  • Pr. Patrick Pigeon, Département de géographie, Université de Savoie
  • Dr. Rajesh Rai, Programme d’étude de l’Asie du Sud, National University of Singapore
  • Pr. Olivier Sevin, Département de Geographie, Université Paris IV-Sorbonne
  • Pr. Jonathan Spencer, Département d’Anthropologie de l’Asie du Sud, University of Edinburgh
  • Pr. Wong Tai Chee, Nanyang Technological University (Singapour)

Les propositions de communication (3000 signes maximum, intégrant problématique, terrain, méthodologie…) ainsi qu’une notice biographique (nom, prénom, statut, institution de rattachement, publications…) doivent être adressées par fichier électronique en documents attachés à Gaëlle Dequirez (gdequirez@hotmail.com) et Delon Madavan (delonmadavan@gmail.com)

Langues de travail : français et anglais

Calendrier :

Clôture des dépôts de propositions de communication : 30 septembre 2009
Sélection des propositions par le comité scientifique : 30 novembre 2009
Envoi des textes définitifs, d’un résumé et mots clefs en français et anglais: 15 janvier 2010

Organisateurs :

  • Delon Madavan, Allocataire-Moniteur

Université de Paris-IV Sorbonne
UFR de géographie et d’aménagement du territoire
Laboratoire Espaces, Nature et Culture (UMR 8185)

  • Gaëlle Dequirez, ATER

Université de Lille 2
Pôle Droit-Science Politique
Laboratoire CERAPS (Centre d’Etudes et de Recherches Administratives, Politiques et Sociales)

Source :  Appel à contribution, Calenda, publié le mercredi 15 juillet 2009.


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